Le temps que l'orage passe. S'assoir dans le brouhaha refuge du café Brant. Le temps d'un cappuccino décaféiné. Le temps d'une averse de grêlons. Le temps d'une pluie mêlée de feuilles. Ocre jaune. Entre l'automne et l'hiver. C'est juste ici. ça sent presque Paris de mes souvenirs. Toutes les langues se croisent. C'est comme à la maison. Turc. Anglais. Allemand et d'autres inconnues.

Deux oiseaux se bercent sur la branche et s'envolent.

Les baies vitrées sont comme au paradis. Grandes ouvertes sur l'autre au parapluie qui court. Un bébé vient d'entrer tout mouillé. Un mélange de toutes nos différences est là. A portée du regard qui ne fuit rien. Absolument rien. Cet imprévu a du charme. Celui qui reste et s'émerveille de la pluie qui tombe. A l'abri de tous ceux que je ne connais pas et qui comme moi se régalent du moment. Une tasse à la main. Un mot pour l'autre. Un sourire. C'est ma première fois du vent qui souffle assise à cette table. Ma première rencontre avec ce chien qui dort. Ses oreilles frétillent dès que la porte s'ouvre. Sa patte blanche est posée. Une tasse vient de tomber. Des messieurs enfilent leur bonnet. L'averse se calme. Je vais régler. Je remercie. Les yeux des étudiants. Le rouge à lèvre des filles. La joie de mes voisins. La jeune fille qui ne quitte pas son portable. La charmante serveuse. Toutes ces voix qui rebondissent sur les plafonniers. Quand la magie rassure tous mes imaginaires. Carnet jaune. Stylo jaune. Je me remets en route avec le bus qui passe. L'éclaircie m'attend. Je ne le sais pas encore. Et pourtant.